Virgil Guerrand

Nazariya — Regards sur l'Inde

Le photographe

Virgil Guerrand est né en 1972. Rien ne le prédestinait à la photographie — c'est la nature qui l'y a conduit. Herpétologue amateur passionné, il élève des reptiles et s'intéresse un jour de près aux insectes qui les nourrissent. Trop petits pour être vraiment vus à l'œil nu, il achète un appareil photo équipé d'un objectif macro. Ce qui était un outil devient une révélation : regarder de près, vraiment de près, c'est voir autrement.

De l'insecte, il passe à l'animal sauvage — affûts en forêt, longues heures immobiles au bord du lac de Grand-Lieu. Puis l'appareil part en voyage. Et ne revient plus.

L'Inde, malgré tout

En 2005, Virgil Guerrand part pour la première fois en Inde. Il en revient avec un goût amer — submergé, repoussé, désorienté. Il ne veut plus en entendre parler. Puis quelques mois passent, et un manque s'installe. Inexplicable. Tenace.

Il attend cinq ans. Puis repart seul, pour une traversée d'ouest en est : Delhi jusqu'à Darjeeling. Puis il y revient, encore et encore… jusqu'à ce huitième voyage.

Entre-temps, il a commencé à apprendre l'hindi. Pour aller au-delà du touriste, pour que les gens qu'il photographie sentent qu'il fait l'effort de franchir la distance. Ce que l'on voit dans ses portraits, cette confiance, cette ouverture — elle se mérite. Elle s'apprend.

Démarche artistique

Il y a dans le travail de Virgil Guerrand une continuité que l'on ne devine pas immédiatement : celle du regard rapproché. Celui qui scrutait les détails des insectes au macro est le même qui plonge son objectif dans les rides d'un vieux visage. Ce qu'il cherche, c'est toujours l'intérieur — ce que la surface ordinaire cache et que l'objectif révèle.

Le choix du noir et blanc est fondamental : il efface le pittoresque facile que la couleur aurait pu offrir — l'Inde est si généreuse en couleurs qu'elle risque de noyer le sujet. En travaillant en niveaux de gris, Virgil Guerrand ramène tout à l'essentiel : la lumière sur une peau, la texture d'une barbe, la profondeur d'un regard.

Ce qui distingue vraiment ce travail, c'est le lien humain qui le rend possible. Ces hommes, ces femmes, ces enfants qui se prêtent au portrait — parfois même qui le demandent — le font parce qu'ils sentent qu'on les regarde avec respect. Pas comme des sujets exotiques. Comme des gens.